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Constance de Lussac
Guide pour les parents

Mon ado est triste, est-ce une dépression ? Les signes qui doivent alerter et comment l’aider

Une tristesse liée à un événement, qui ne l’empêche pas de vivre, est le plus souvent passagère. Si elle dure plus de 15 jours, s’accompagne d’irritabilité, d’un repli ou d’une perte d’intérêt, et pèse sur ses cours, ses amis ou son sommeil, parlez-lui de ce que vous voyez et prenez rendez-vous chez le médecin traitant. S’il évoque la mort, appelez le 3114 dès aujourd’hui.

Constance de Lussac

Par Constance de Lussac, psycho-praticienne et ancienne enseignante au lycée

Publié le · mis à jour le · 11 min de lecture

En bref : ce qu’il faut retenir

  • Le repère de la Haute Autorité de santé : au moins 15 jours, au moins cinq symptômes dont une humeur triste ou irritable, ou une perte d’intérêt, et un retentissement net sur son quotidien.
  • Un ado déprimé n’a pas toujours l’air triste. Irritabilité, colères, maux de ventre ou de tête, ennui, chute des notes : la dépression passe souvent par le corps et le comportement.
  • Ce n’est pas rare : en 2022, 14 % des collégiens et 15 % des lycéens présentaient un risque important de dépression, selon Santé publique France.
  • Le premier interlocuteur est le médecin traitant. La psychothérapie est au cœur du soin ; un médicament ne s’envisage qu’ensuite, et toujours avec elle.
  • S’il parle de mourir, de disparaître ou de se faire du mal, ne passez pas par la case « attendre » : appelez le 3114 (gratuit, 24 h/24) ou le 15 en cas de danger immédiat.
Test en 4 questions

Déprime passagère ou signes à prendre au sérieux ? Faites le point en une minute

Répondez selon ce que vous observez chez votre ado. Vous obtenez une lecture de la situation, le niveau de priorité et la première personne à appeler. Rien n’est enregistré, et ce test ne pose aucun diagnostic : seul un médecin peut le faire.

1. Qu’est-ce qui a le plus changé chez lui ?
2. Depuis combien de temps ?
3. Comment se passe son quotidien ?
4. Parle-t-il de mourir, de disparaître, ou avez-vous vu des blessures ?

Répondez aux 4 questions pour afficher votre lecture.

Bien lire la situation

Ce qui sépare une déprime d’une dépression, c’est la durée et la place qu’elle prend dans sa vie

La HAS décrit la déprime comme « un état normal et transitoire » de l’adolescence, à surveiller sans s’alarmer. La dépression, elle, se reconnaît à une souffrance qui s’installe et envahit le quotidien. Le piège, selon la HAS, est la confusion avec la « crise d’adolescence » : c’est pour cela qu’elle passe souvent inaperçue.

Comparer la déprime passagère et la dépression de l’adolescent : durée, intensité, retentissement et réponse
CritèreDéprime passagèreDépression à faire évaluer
DuréeQuelques jours, avec des hauts et des basAu moins 15 jours, presque tous les jours
DéclencheurLié à un événement (rupture, mauvaise note, dispute) et proportionnéPersiste quand l’événement est passé, ou sans cause identifiable
PlaisirIl retrouve le goût de ses activités, rit encore avec ses amisPerte d’intérêt pour ce qu’il aimait, ennui permanent
QuotidienIl continue d’aller en cours, de voir du mondeRupture : notes qui chutent, amis délaissés, sommeil et appétit bouleversés
Première réponseÊtre disponible, garder le dialogue ouvert, observerRendez-vous chez le médecin traitant, puis accompagnement psychothérapeutique

La HAS rappelle qu’une déprime reste à surveiller, car elle peut devenir un facteur de risque. Si vous hésitez entre les deux colonnes, c’est déjà une bonne raison d’en parler au médecin.

Les signes

Chez l’ado, la dépression se voit souvent plus dans ses actes que sur son visage

Selon la HAS, la dépression de l’adolescent « s’exprime davantage par des comportements et des somatisations », avec des symptômes fluctuants et parfois trompeurs. Voici ce qui peut la cacher.

L’irritabilité

Il claque les portes, répond sèchement, s’emporte pour un rien. On y voit de l’insolence ; la HAS y voit un symptôme possible, au même titre que la tristesse. Pour démêler colère et souffrance, lire notre article sur le ressentiment et la colère.

Les plaintes physiques

Maux de tête, de ventre, fatigue qui ne passe pas, sans cause médicale retrouvée. Le corps dit ce que les mots ne disent pas encore.

L’ennui et le désintérêt

« Ça ne sert à rien », « j’ai la flemme » : il lâche le sport, la musique, les sorties qu’il aimait. La perte de plaisir est l’un des deux signes centraux de la dépression.

La chute scolaire

Difficultés à se concentrer, devoirs non faits, notes en baisse brutale. Avant de parler de paresse, demandez-vous s’il va bien. S’il ne parvient plus du tout à aller en cours, voyez notre guide « Mon ado ne veut plus aller au collège ».

Le repli

Enfermé dans sa chambre, sur son téléphone jusque tard, il ne voit plus ses amis. Le temps passé seul n’est pas un problème en soi ; la rupture avec ce qu’il faisait avant en est un.

Les conduites à risque

Alcool, cannabis, prises de risque, troubles alimentaires : ils peuvent masquer une souffrance dépressive. Voir nos articles sur le cannabis et l’anorexie.

Les chiffres

Vous n’êtes pas seul : un collégien sur sept présente un risque important de dépression

14 % / 15 %

des collégiens et des lycéens présentaient un risque important de dépression en 2022.Source : Santé publique France, enquête EnCLASS 2022, 9 337 élèves

21,4 %

des filles étaient concernées en 2022, contre 13,4 % en 2018. Chez les garçons, le chiffre est passé de 5,2 % à 6,9 %.Source : Santé publique France, enquête EnCLASS 2022

8 %

des 12-18 ans souffriraient d’une dépression, selon l’estimation de la Haute Autorité de santé.Source : HAS, « Dépression de l’adolescent : comment repérer et prendre en charge ? », 2014

Le « risque important » de Santé publique France est mesuré par un questionnaire (échelle ADRS), pas par un diagnostic médical. Il signale les jeunes pour qui un avis professionnel serait utile.

La méthode

En 5 étapes, passer de l’inquiétude à un soin qui l’aide vraiment

  1. 1

    Dites ce que vous observez, sans interrogatoire ni jugement

    Choisissez un moment calme (en voiture, en cuisinant) plutôt qu’un face-à-face solennel. Décrivez des faits : « Je te trouve fatigué depuis quelques semaines, tu ne vois plus Léo, ça m’inquiète. » Le message à faire passer : « Je vois que ça ne va pas, et je suis là. »

    Évitez de minimiser (« c’est l’âge », « secoue-toi ») : il en conclurait qu’il vaut mieux se taire.

  2. 2

    Prenez rendez-vous chez le médecin traitant

    C’est lui qui pose le diagnostic, recherche une cause physique (fatigue, thyroïde, sommeil), évalue la sévérité et le risque suicidaire, puis oriente. Prévoyez un temps où il voit votre ado seul : il parlera plus librement.

  3. 3

    Mettez en place un accompagnement psychothérapeutique

    Pour la HAS, différents types de psychothérapies sont recommandés selon la sévérité de la dépression. Ce n’est qu’après 4 à 8 semaines, si les symptômes persistent, qu’un médicament peut être envisagé, et uniquement en association avec la psychothérapie.

    Le plus important est que votre ado se sente en confiance avec la personne qui le suit. Associez-le au choix : il s’engagera plus facilement.

  4. 4

    Trouvez votre juste place, avec lui ou à côté

    La HAS rappelle que la famille fait partie intégrante de la prise en charge. Venir avec lui aux premières séances aide souvent, car vie familiale, scolaire et personnelle sont reliées. Mais cela dépend de la qualité de vos liens du moment : quand la tension est trop forte, il vaut mieux le laisser venir seul.

    Lire aussi « Consultations psy pour les jeunes. Parents, venez avec lui ! »

  5. 5

    Tenez dans la durée, sans faire du soin le seul sujet de la maison

    Une dépression ne se lève pas en quelques séances. Gardez un rythme de vie simple (sommeil, repas, une sortie par jour), prévenez le professeur principal ou l’infirmière scolaire si les cours en pâtissent, et préservez des moments partagés qui ne parlent pas de « ça ».

    Prenez aussi soin de vous : un parent épuisé aide moins bien. Vous pouvez consulter pour vous-même.

Les 5 réactions qui, malgré de bonnes intentions, l’enferment dans le silence

  • « C’est la crise d’ado, ça passera »

    C’est précisément la confusion que la HAS désigne comme la raison pour laquelle la dépression passe inaperçue à cet âge.

  • « Bouge-toi, tu as tout pour être heureux »

    La dépression n’est pas un manque de volonté. Ce genre de phrase ajoute la culpabilité à la souffrance.

  • Punir l’irritabilité ou la chute des notes

    Un cadre reste nécessaire, mais si la colère cache une dépression, la sanction seule soigne le symptôme et pas la cause.

  • Attendre qu’il demande de l’aide

    Un ado déprimé a rarement l’énergie de faire la démarche. C’est à l’adulte de proposer, et de prendre le premier rendez-vous.

  • Éviter de parler du suicide de peur de lui en donner l’idée

    Poser la question directement ne crée pas le risque : cela lui montre qu’il peut en parler. Le 3114 accompagne aussi les parents qui ne savent pas comment l’aborder.

Qui consulter

Le médecin d’abord, puis le suivi qui convient à votre ado et à votre budget

Les interlocuteurs possibles pour un adolescent déprimé, leur rôle et leur coût
InterlocuteurSon rôleCoût et accès
Médecin traitantDiagnostic, évaluation du risque, traitement éventuel, orientationConsultation remboursée par l’Assurance Maladie
Psychologue (Mon soutien psy)Suivi pour une souffrance d’intensité légère à modéréeJusqu’à 12 séances par an, dès 3 ans, sans ordonnance ; 50 € la séance, remboursée à 60 %, accord des parents requis
Maison des adolescentsAccueil, écoute et orientation des jeunes et des parentsGratuit ; un jeune peut y venir de lui-même
Pédopsychiatre, CMPDépression sévère, risque suicidaire, besoin d’un traitement spécialiséLe plus souvent sur orientation du médecin ; CMP publics gratuits
Psycho-praticienneAccompagnement psychothérapeutique de l’ado et de sa famille, en complément du suivi médicalChez Constance de Lussac : 85 € la séance d’1 h, non remboursée par l’Assurance Maladie, parfois en partie par la mutuelle

Votre ado préfère parler à quelqu’un d’extérieur, de façon anonyme ? Fil Santé Jeunes répond aux 12-25 ans au 0 800 235 236, gratuitement, tous les jours de 9 h à 23 h.

Vigilance

Ces signes imposent d’agir aujourd’hui, même s’il s’y oppose

  • Il parle de mourir, de disparaître, d’être « un poids »
  • Il fait des recherches sur les façons de se tuer, écrit des messages d’adieu
  • Vous découvrez des blessures volontaires
  • Il donne ses affaires, paraît soudain apaisé après une période très sombre
  • Il ne mange presque plus, ne se lève plus

Appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 h/24, qui conseille aussi l’entourage. En cas de danger immédiat, le 15. La HAS réserve l’hospitalisation notamment aux situations où le risque de passage à l’acte est imminent : protéger votre ado passe avant son accord. S’il refuse de voir qui que ce soit, notre guide « Mon ado refuse de voir un psy » donne les mots qui débloquent.

Portrait de Constance de Lussac, psycho-praticienne à Rueil-Malmaison
À Rueil-Malmaison ou en visio

Une praticienne qui connaît les ados de l’intérieur, pour un accompagnement qui relie école, famille et vie personnelle

Constance de Lussac a enseigné au lycée en France et à l’international avant de devenir psycho-praticienne, coach certifiée et praticienne en hypnose. Elle accompagne l’adolescent dans sa globalité, en lien avec le médecin qui le suit : ce qui se passe en classe, à la maison et dans sa tête est relié.

  • Une psychothérapie individuelle pour retrouver des appuis et l’estime de soi
  • Des séances familiales quand la tension à la maison pèse sur tout le monde
  • L’hypnose en appui, pour le sommeil ou l’anxiété, si votre ado le souhaite
  • Séance adolescent d’1 h à 85 €, du lundi au samedi, 11 rue des Marronniers

Voir les tarifs et le déroulé d’une première séance · Son parcours et ses formations

Des parents racontent l’accompagnement de leur ado, jusque dans les périodes les plus sombres

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Questions fréquentes

Les questions des parents qui s’inquiètent pour le moral de leur ado

Comment savoir si mon ado est déprimé ou simplement adolescent ?

Regardez la durée et le retentissement. Une déprime passagère est liée à un événement et ne l’empêche pas de vivre. Pour la Haute Autorité de santé, on parle de dépression quand les symptômes durent au moins 15 jours, qu’ils sont au moins cinq (dont une humeur triste ou irritable, ou une perte d’intérêt) et qu’ils pèsent sur son quotidien : cours, amis, sommeil, appétit.

Un ado dépressif est-il forcément triste ?

Non. À l’adolescence, la dépression s’exprime souvent par des comportements et des plaintes physiques plutôt que par des larmes. La HAS cite l’irritabilité et l’agressivité parmi les symptômes trompeurs. Un ado qui explose pour un rien, se plaint sans cesse de maux de tête ou ne s’intéresse plus à rien peut être déprimé sans jamais dire qu’il est triste.

Mon ado aura-t-il forcément des antidépresseurs ?

Non. Selon la HAS, la prise en charge repose d’abord sur la psychothérapie, adaptée à la sévérité de la dépression. Un médicament ne peut être envisagé que si les symptômes persistent après 4 à 8 semaines de psychothérapie, et uniquement en association avec elle. Cette décision revient au médecin.

Les séances chez un psychologue sont-elles remboursées ?

Avec le dispositif Mon soutien psy, l’Assurance Maladie rembourse à 60 % jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, dès 3 ans et sans ordonnance. La séance coûte 50 €, la mutuelle complète le reste, et l’accord des parents est nécessaire pour un mineur. Les séances de Constance de Lussac, psycho-praticienne, ne relèvent pas de ce dispositif : certaines mutuelles en remboursent une partie.

Dois-je assister aux séances avec mon ado ?

Venir avec lui au début aide souvent, car la vie familiale fait partie de ce qu’il traverse, et la HAS rappelle que la famille fait partie intégrante de la prise en charge. Mais tout dépend de la qualité du lien entre vous à ce moment-là : quand la tension est trop forte, il vaut mieux le laisser venir seul.

Une psycho-praticienne peut-elle accompagner un ado déprimé ?

Oui, en lien avec le médecin traitant, qui pose le diagnostic et décide d’un éventuel traitement. Constance de Lussac reçoit les adolescents au cabinet de Rueil-Malmaison ou en visio, à 85 € la séance d’une heure. Le travail porte sur ce qui pèse sur lui, à l’école, à la maison et dans sa vie personnelle, et peut associer les parents.

Que faire s’il refuse d’en parler ou de consulter ?

Ne forcez pas la confidence, mais ne laissez pas tomber : dites ce que vous observez, proposez un seul rendez-vous d’essai et consultez vous-même si besoin. Notre guide « Mon ado refuse de voir un psy » détaille les mots qui aident. S’il parle de mourir ou de se faire du mal, n’attendez pas son accord : appelez le 3114.

À lire sur le blog

Pour comprendre les émotions qui se cachent derrière sa tristesse

Sources

Vous ne reconnaissez plus votre ado ? Faisons le point ensemble

Une première heure au cabinet de Rueil-Malmaison ou en visio, avec votre ado, avec vous ou en famille, pour comprendre ce qu’il traverse et construire un accompagnement en lien avec son médecin.

Séance d’1 h à 85 €, sans engagement pour la suite, annulation gratuite jusqu’à 48 h avant

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